Gerontius à Paris

The Dream of Gerontius d’Edward Elgar fera son entrée au répertoire du Choeur et de l’Orchestre de Paris les 21 et 22 décembre prochains à la Philharmonie de Paris sous la direction de Daniel Harding.

Créé à Birmingham, le 3 octobre 1900, sous la direction du grand chef allemand Hans Richter, l’oratorio The dream of Gerontius, sur un texte anglais écrit par le cardinal John Newman, est considéré comme un des chefs-d’œuvre d’Elgar. Très rarement présenté en France (la dernière exécution daterait de 1905), il est régulièrement programmé en Grande-Bretagne, notamment aux Proms. Très mal accueilli à la création, il fut néanmoins rapidement reconnu comme une des pièces phares d’Elgar au même titre que le concerto pour violoncelle, à jamais immortalisé par Jacqueline Du Pré, les Enigma Variations (1899) et les incontournables Pump and circonstances.

Edward Elgar est né en 1857 non loin de Worcester, au Sud-Ouest de Birmingham, dans une famille de musiciens, puisque son père est accordeur, violoniste, organiste et vendeur de partitions. Edward apprend tôt la musique et joue bientôt des mêmes instruments que son père avant de lui succéder comme organiste. Son premier succès de compositeur est une cantate « Caractarus » créée en 1889. Il sera anobli par le roi Georges V en 1904. En 1911, il est nommé chef du London Symphony Orchestra avec lequel il crée certaines de ces œuvres. Il disparaît en 1934.

The dream of Gerontius est un drame à thèmes sacrés, la mort et la transfiguration. Ecrit pour trois solistes, triple chœur et orchestre, il évoque par sa construction l’oratorio au sens haendélien du terme avec cette alternance de passages orchestraux, récitatifs, airs et passages choraux, parfois accompagnés d’un soliste. Quelques passages chantés par le chœur en latin ont été ajoutés au texte anglais. L’œuvre raconte le voyage de l’âme après la mort ou plus exactement au moment de la mort.

Dans la première partie, Géronte sur son lit de mort appelle à l’aide ses amis et Jésus avant de se résigner au dernier passage. Dans la seconde partie, Géronte, guidé par un ange, réussit à éviter les sollicitations des démons avant d’être accueilli par les angelots chantant sa mort prochaine et sa transfiguration après un court passage au purgatoire.

Magnifiquement orchestrée, cette œuvre, «écrite dans les cieux» comme Elgar le disait lui-même, dégage une belle atmosphère le plus souvent apaisée et tendre. L’introduction lente et mystique d’allure quasi-wagnérienne participe d’emblée à ce climat. Le rôle de Géronte, car il est vrai que l’on est parfois pas loin de l’opéra, est confié à un ténor et celui de l’ange à une mezzo. Quant au baryton, le prêtre, ses interventions sont plus rares. Les parties chantées par le chœur, parfois divisées en 2 fois 4 voix, sont très impressionnantes d’émotion et parfois de force (le redoutable chœur des démons) et sont certainement parmi les plus beaux passages. Les nuances chorales, très souvent sollicitées dans les extrêmes, ajoutent au côté mystérieux de l’œuvre.

Bernard Shaw dans ses célèbres écrits sur la musique dit à propos d’Elgar « ni imitateur, ni hédoniste, il a suivi sa propre voix sans se donner la peine d’inventer un nouveau langage et par la seule force de son originalité ». Il est vrai qu’on est très loin de « Pelléas et Mélisande » comme de « Tosca » composés à la même époque. Mais l’écoute de cette œuvre procure un vrai plaisir. N’est-ce pas l’essentiel ?

Il existe de très nombreux enregistrements de The Dream of Gerontius provenant pour la plupart de chefs anglais. La référence discographique est sans doute la version dirigée par Simon Rattle à la tête du City Birmingham Symphony Orchestra and Chorus (Simon Hasley), avec John Mitchinson dans le rôle de Géronte, ténor à l’émission un peu serrée mais non sans engagement, Janet Baker, au timbre si spécifique, qui chante l’Ange avec un exceptionnel engagement et une technique parfaitement maîtrisée et John Shirley-Quirk dans celui du prêtre (EMI). Quant au City Birmingham Symphony Chorus il est tout simplement magnifique de justesse, de richesse harmonique, de lisibilité et réussit des incroyables pianissimi. Et, signature de Simon Halsey, pas une consonne ne dépasse ! Cette très belle version, enregistrée en 1987, est maintenant le plus souvent associée avec des « Variations Enigma », enregistrées quelques années plus tard par les Berliner Philharmoniker et Sir Simon Rattle.

Beaucoup d’autres chefs britanniques ont également enregistré cette œuvre, Sir John Barbirolli à deux reprises (dont une version avec Kim Borg, la grande basse finlandaise), Sir Colin Davis (avec le London Symphony Orchestra mais aussi à Dresde avec John Relyea qui chantera à Paris), Sir Adrian Boult avec l’immense Nicolaï Gedda et le John Alldis Choir, Sir Malcom Sargent à deux reprises, Benjamin Britten en 1972 également avec les forces du LSO, Alexander Gibson, Richard Hickox (avec le LSO chorus) et Sir Mark Edler (avec Paul Groves et Bryn Terfel). A noter que des extraits ont été enregistrés en 1927 par EMI sous la direction d’Elgar.

Beaucoup plus proche de nous, Daniel Barenboim, grand admirateur de l’oeuvre d’Elgar, a également enregistré en 2017 pour Decca cette pièce avec son orchestre berlinois de la Staatskapelle après l’avoir donnée en 2012 avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin (visible sur le Digital Hall Concert). Ce magnifique enrgistrement permet d’entendre le ténor britannique Andrew Staples, qui sera Géronte à la Philharmonie de Paris dans quelques jours et un Thomas Hampson toujours impérial. Le Rundfunkchor Berlin, rejoint ici par le RIAS Kammerchor, ajoute un autre plus à ce magnifique enregistrement.

Ne ratez surtout pas ces concerts. Vous n’êtes à priori pas prêts d’avoir une autre occasion de si tôt ! Et si vous ne pouvez pas vous y rendre le concert du vendredi 22 décembre sera diffusé en direct sur ArteConcert et visible pendant plusieurs mois. Une diffusion sur France Musique est également prévue en 2018.

Renseignements et résevations ici https://odp.shop.secutix.com/selection/event/date?productId=1020687125

Gilles Lesur, 15/12/2017