Florilège Vocal de Tours 2017

Les voix du jury sont impénétrables.

Un petit groupe des Amis d’Arthur s’était retrouvé en terre tourangelle pour le 46ème Florilège Vocal. Un regret d’abord : pourquoi les anciens choristes d’Arthur Oldham et amateurs de chant choral s’il en est, ne se mobilisent-ils pas plus pendant 2 ou 3 jours pour venir assister au plus beau des rendez-vous qui soient en France pour le chant amateur. C’est au dessus du très haut niveau. On y tutoie parfois la perfection. Et puis quel plaisir de voir et d’entendre des formations venues du monde entier… cette année 2 chœurs philippins, un chœur californien, un italien, un espagnol et un ensemble parisien. Eh oui ! Vous avez bien compté, seulement 6 groupes cette année ! – un chœur de femmes ukrainien s’est désisté au tout dernier moment. Les pauvres étaient déjà dans le car qui les amenait en France après plus de 3000 kilomètres de voyage quand on leur a appris que la subvention allouée, leur était retirée sans autre forme de procès -.


Commençons par le palmarès et donc les choix du jury avant que de pousser un immense coup de gueule sur la politique culturelle de certains élus. Après les programmes imposés et libres du vendredi et du samedi, le jury ne doit garder que 4 chœurs pour la finale du dimanche au terme de laquelle on décerne le Grand Prix de la Ville de Tours, le Graal de ces florilèges européens. C’est l’ensemble venu de Rome sous la direction de Fabrizio Barchi qui l’a emporté. C’était un choix possible et logique. Beau groupe mixte, équilibré, au répertoire varié et maîtrisé.
Pour cette édition, les jurés n’ont attribué aucun 1er Prix quelle que soit la catégorie. C’est certainement ainsi qu’on peut conserver à ce type de manifestation toute sa crédibilité. Sachez que le Florilège de Tours est connu dans le monde entier et son palmarès scruté à la loupe par les spécialistes du chant choral. Sachez aussi que, à l’issue des prestations du samedi, le public vote pour attribuer son prix. Cette année le chœur mixte philippin venu de Manille, le Coro San Benildo, a été plébiscité. Curieusement, il n’a pas été retenu pour la finale du lendemain (???) au profit de l’ensemble vocal féminin venu de Paris, certes sympathique, mais très jeune, très vert et dont les imperfections étaient par trop criardes. Première incompréhension. Je précise que le public du Florilège est très attentif, très connaisseur, et plus qu’averti des choses du chant choral. Un tel écart entre les choix du jury et dudit public n’a pas manqué d’interroger beaucoup de gens.
Dimanche soir, nouvelle énorme surprise quand on nous a annoncé que ce même chœur français obtenait un 3ème prix dans sa catégorie, – normal – mais ex aequo avec l’autre chorale venue des Philippines, de Quezon City précisément. Incroyable chœur d’hommes qui dominait tous les répertoires avec une aisance et une joie de chanter communicative. Sur ses 34 membres 100 % masculins, le chef pouvait compter sur 5 sopranistes et au moins autant de hautes-contre d’une qualité ahurissante, ce qui leur permet d’aborder tous les répertoires, y compris à voix mixtes – si je puis m’exprimer ainsi -. Du jamais vu ! C’est par eux que le frisson est passé… visiblement pas chez les membres du jury. Je passerai pudiquement sous silence les prestations du jeune chœur californien qui n’était pas au niveau, pour m’attarder sur l’ensemble basque espagnol, Oñatiko Ganbara Abesbatza et son jeune chef Aitor Biaïn Bidarte, qui est donc notre nouveau lauréat. Sympathique, souriant, très accessible, il a accepté de répondre à quelques questions à l’issue de ses 4 prestations de grande qualité et qui ont été couronnées de plusieurs prix parfaitement mérités. En 2 années seulement, il a mené à un excellent niveau, ce jeune chœur formé de parfaits amateurs, quelques étudiants, mais surtout des gens qui ont un travail éloigné de la musique et qui se réunisse assidument par amour du chant… Ça ne vous rappelle rien ? A la traditionnelle question que nous posons à tous nos lauréats : quelles sont pour vous les qualités d’un bon chef de chœur ?, il a répondu l’autorité, la connaissance du répertoire et la connivence avec ses choristes… Et là, ça ne vous rappelle rien ?


Un dernier mot sur le Florilège de Tours – dont je salue au passage l’équipe de bénévoles pour sa compétence, sa gentillesse et son dévouement – qui semble frappé par le syndrome préoccupant de la peau de chagrin. En coulisses, on murmure que certains édiles verraient d’un bon œil la disparition pure et simple de la vénérable institution. Les crédits sont réduits drastiquement d’année en année, le désintérêt des politiques patent, et tant que les décisions d’ordre culturel seront livrées à l’aveuglement et à l’incompétence des comptables, la situation ne risque pas de s’arranger. De toute évidence, la seule question posée par ce type de décideurs reste : combien ça coûte ? Qui osera poser la vraie et seule question qui vaille : combien ça rapporte ? Mais pas seulement sur un plan purement comptable mais en terme de qualité et surtout de rayonnement pour la Ville de Tours qui devient 3 jours par an la capitale mondiale du chant choral ! La culture est l’âme de la démocratie. (Lionel Jospin). A bon entendeur…