Crescendo au FVT 2016

Ah que Lina était jolie !

Le Florilège Vocal de Tours est un concours à suspense. Trois jours, trois épisodes, trois épreuves, trois dramaturgies… Le vendredi est consacré aux figures imposées. C’est souvent la session la plus éprouvante pour le spectateur comme pour les chœurs. Cette année, pour cette 45ème édition, le florilège tourangeau nous proposait un plateau de 9 formations, ensembles vocaux mixtes, à voix égales et chœurs mixtes, toutes européennes. On regrette d’ailleurs l’absence de voix venues d’ailleurs, Amérique ou Asie, qui apportaient souvent un brin d’«exotisme» à un ensemble parfois un peu trop formaté. Mais bon, revenons à nos programmes imposées : 3 heures de musique non-stop avec des partitions allant (imposés obligent) de la renaissance à la musique contemporaine en passant par le romantisme. Les chœurs sont le plus souvent pétrifiés par l’enjeu, et peu d’entre eux sont en mesure de se lâcher. Les programmations, aussi ambitieuses soient-elles, sont trop souvent ennuyeuses… et je suis poli. Mais, quoi qu’il arrive, on parvient déjà à se faire une petite idée sur les éventuels favoris. En tout cas, pour utile qu’elle soit, cette première session, ne nous a apporté aucun frisson, aucun de ces moments indicibles ou l’âme, l’oreille et le cœur sont touchés au même moment. 

Le samedi : deux épisodes. Le Concours Renaissance, pour les chœurs volontaires. Ils étaient 5 cette année. Bonne surprise cette année, nous avons découvert un certain nombre de partitions de compositeurs oubliés comme Lobo, De Monte, De Rore ou Weelkes. Un moment de très bon niveau, sans coup d’éclats mais sans fausses notes… si je puis dire.

 Toujours le samedi mais en soirée, les figures libres dont on espère toujours plus. Ce fut le cas. Les neuf ensembles ont pris leurs marque la veille, et on a eu droit à des programmes beaucoup plus novateurs et même parfois hardis. Le panel est alors très large, allant de grands incontournables tels Poulenc, Duruflé ou Gesualdo (hélas massacré en l’occurrence par un tout jeune chœur portugais totalement dépassé par la difficulté des harmonies du compositeur napolitain) à des noms oubliés tels Jean Françaix, Pierre Certon, et jusqu’à des contemporains locaux dont je ne vous imposerai pas les noms croates, suédois, bulgares ou tchèques… (Au passage, un grand merci au Florilège de Tours qui privilégie la musique contemporaine puisque nous avons écouté 6 créations mondiales durant ces 3 jours de concours… rien que ça !) Très intéressant, parfois un peu ardu, mais en tout cas suffisamment varié et même quelquefois mis en scène ou “spatialisé” pour tenir plus de trois heures sur un de ces fauteuils de théâtre à l’italienne, dont le secret d’inconfort est jalousement gardé depuis des générations. Toujours est-il que maintenant nos idées se font plus précises. En particulier pour le prix de direction que nous remettons cette année encore au nom de notre association et ce, pour la 8ème fois. 3 favoris, les chefs des deux formations lyonnaises et la très jolie Linda Alexandersson qui dirige le chœur de femmes de Lund en Suède, avec lequel elle ose tout… et réussit tout.

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 Reste le sommet, la finale des finales, la cerise sur le gâteau, la goutte qui ne fait pas déborder le vase, mais qui doit le remplir à ras bord, le Grand Prix de la Ville de Tours, le dimanche après-midi, juste avant la proclamation du palmarès. C’est le vainqueur de ce grand prix qui représentera le florilège français lors du prochain Grand Prix Européen qui aura lieu en 2017 à Tolosa en Espagne. Seules 5 formations ont été sélectionnées après les deux sessions dont j’ai déjà parlé. Notons au passage l’excellente idée de nous avoir fait découvrir en concert un octuor masculin venu de Tchéquie qui chante à capella des arrangements de standards de jazz ou des chansons des Beatles avec un talent et une virtuosité tout à fait remarquables, les Gentlemen Singers… A retenir.

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Bien, revenons au Grand Prix. Là, les ensembles se surpassent, ils sont les meilleurs, ils le savent et ils ont un titre et un passeport pour le plus prestigieux concours de chant choral amateur (au vrais sens du terme) qui existe en Europe et peut-être au monde. C’est le Chœur National des Jeunes à Chœur Joie de Lyon qui va l’emporter sous la direction du chef italien Filippo Marian Bressan. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, il sera aussi le lauréat de notre prix de direction. Un homme charmant, certainement charismatique et qui en seulement deux ans a su élever son jeune chœur à un niveau en tout point remarquable. Justesse, engagement, qualité et homogénéité des voix pour une programmation aussi éclectique qu’audacieuse. Bravo à eux !

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Mais je terminerai comme j’ai commencé, Ah que Lina était jolie… et talentueuse. On peut vraiment regretter que le palmarès ne lui ait réservé que des miettes. Espérons que nous la reverrons, car vraiment, Lina était… mais je l’ai peut-être déjà dit.

Jipéhel