Nom : Barenboïm, Prénom : Michael

 

La salle Pierre Boulez de Berlin a été inaugurée le 9 mars dernier. Située à 2 pas du Staatsoper Berlin, toujours actuellement en travaux, elle a été imaginée par Franck Ghery, le célèbre architecte américano-canadien, concepteur du musée de Bilbao (20 millions de visiteurs depuis son ouverture en 1997) et plus récemment de la fondation Louis Vuitton inaugurée à Paris il y a 2 ans. Frank Gehry a transformé un bâtiment qui servait à entreposer les décors utilisés par le Staatsoper, et tout en gardant une partie de la structure antérieure, il en a fait un magnifique endroit centré par une salle de concert toute de bois recouverte, des salles de répétition et des espaces communs qu’il a laissé dans leur aspect initial. En somme, un endroit contrasté avec une magnifique et presque intime salle de concert très différente des espaces communs d’allure presque industrielle. Des documents disséminés hors de la salle (photos, écrans, textes …) évoquent le parcours des inspirateurs du projet du Divan Orchestra, à savoir Edward Saïd et Daniel Barenboïm. En effet, cet édifice est désormais aussi le siège de l’Académie du Divan Orchestra dédiée à la formation en musique, mais aussi notamment en philosophie et histoire, des futurs membres de cet orchestre hors du commun.

On connait les liens forts qui unissaient Daniel Barenboïm, directeur à vie du Staatsoper Berlin, et le chef et compositeur français récemment disparu Pierre Boulez. On trouve ainsi à l’entrée de cette autre salle Boulez (rappelons que la grande salle de la Philharmonie de Paris a été baptisée Salle Pierre Boulez en janvier 2017) une magnifique photo du maître.

La salle de forme elliptique contient environ 500 places reparties sur 2 niveaux. Ouverte par de belles fenêtres sur la Französiche Strasse et donc bénéficiant de la lumière du jour, elle était ce soir-là dans l’obscurité après fermeture des volets. Elle est aussi très conviviale et le spectateur y est confortablement installé autour des artistes.

Le 12 mai dernier c’était le violoniste Michael Barenboïm, le second fils de Daniel né à Paris, premier violon du Divan Orchestra, qui proposait un programme en soliste associant Boulez, Bartók et Bach. D’abord placé à l’étage pour « Anthèmes 1 » de Boulez, Michael rejoignait ensuite le centre de la salle pour la sonate pour violon seul Sz 117 de Bartók. Après l’entracte, durant lequel vous pouviez déguster des mets  libanais raffinés,  il jouait la sonate N°3 BWV 1005 de Bach,  puis « Anthèmes 2 » de Boulez, en collaboration avec 2 musiciens français de l’IRCAM ayant fait le déplacement depuis l’institution parisienne avec leur matériel.

Ce fut un concert de bout en bout magnifique, passionnant et permettant d’entendre un musicien manifestement hors du commun. L’intonation, on le sait le point faible de certains violonistes, est ici d’une constante perfection, la conduite de la musique dans Bach comme dans Bartók est exceptionnelle : du grand art ! Mais le moment le plus fascinant de ce concert fut certainement l’interprétation d’Anthèmes 2 avec électronique de Pierre Boulez. Entendre un dialogue aussi fin et surprenant entre le violon virevoltant de Michael Barenboim et l’électronique est une expérience unique et forte qui sort du cadre habituel de bien des concerts. Dans cette acoustique sobre et précise à la fois, la découverte d’une telle musique s’est avérée riche et passionnante. Une découverte donc, qui plus est servie par un artiste rare, dans un endroit exceptionnel et à découvrir d’urgence !

On s’en doute l’accueil fut triomphal et le public concentré et respectueux, certes acquis d’avance, a manifesté à l’issue du concert un vrai et sincère enthousiasme. En sortant de cette magnifique salle, Michael dédicacait un CD superbement désigné reprenant le même programme. Impossible de ne pas l’acquérir et de ne pas en profiter pour un échange informel avec le fils de Daniel ! Décidément ces Barenboïm sont des artistes pas comme les autres !

Gilles Lesur, le 16 juin 2017

Le CD dédicacé par Michael  !