Paris vs Hambourg : avantage Hambourg !

La Philharmonie de Hambourg, dite Elbphilharmonie et déjà surnommée Elphi, a été inaugurée le 11 janvier 2017 en présence d’Angela Merkel soit 2 ans presque jour pour jour après celle de Paris. Ayant eu la chance d’assister récemment à 2 concerts symphoniques dans cet édifice imaginé par les architectes suisses Herzog et de Meuron, il est tentant de se risquer à des comparaisons et de mettre en perspective ces 2 salles.

Remarquons d’emblée que, comme à Paris mais dans des proportions encore plus grandes, il y a eu un très important retard du chantier (10 ans !) et une explosion des coûts (par 3!), même si ces difficultés semblent désormais oubliées, le succès étant, comme à Paris, au rendez-vous.

L’Elbphilharmonie est, comme son nom l’indique, située au bord de l’Elbe dans un magnifique site en face du port industriel de la ville. Sa silhouette élégante (cf photo en page d’accueil) est déjà devenue le nouveau symbole de la ville. Elle repose sur un ancien entrepôt dédié à la conservation du cacao, en brique brune, un matériau avec lequel est construit l’ensemble du quartier portuaire de Hambourg, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Au sommet de cet ancien entrepôt de forme rectangulaire se situe, comme suspendue, la partie moderne de l’Elbphilharmonie accessible par 2 « tunnels » équipés d’escalators. Elle débute par un étage intermédiaire, dénommée la « Plaza » situé à 37 mètres de hauteur, nouveau lieu de curiosité des Hambourgeois et des touristes offert à la visite payante et dont on peut faire le tour en extérieur en même temps qu’il est possible, à partir de ce niveau, de rejoindre l’hôtel de luxe qui occupe une partie de l’édifice. De l’autre côté de l’hôtel, situé du 8° étage au 17 ° étage, se trouvent des appartements destinés à la vente et/ou à la location. De l’hôtel comme sans doute depuis ces appartements une vue imprenable est garantie !

Vue sur la ville de Hambourg depuis la Plazza

On trouve également à ce niveau de séduisantes colonnes inclinées qui participent de la modernité de l’édifice ainsi qu’un lieu dédié à la restauration (mais il vous faudra rester debout !) et un autre au commerce vendant (déjà) de très (très) nombreux produits dérivés et un peu aussi de musique… Cet espace intermédiaire est surmonté par une structure moderne très haute et effilée, recouverte de verre, par endroits en relief, qui contraste avec la brique située en dessous. Au sommet de l’édifice, le toit très élancé et qui évoque les voiles d’un bateau, n’est pas sans rappeler celui de la Philharmonie de Berlin.

La « Plaza » et l’accès à la grande salle à gauche/ Les espaces communs dans les étages à droite

La ressemblance avec la Philharmonie de Berlin se poursuit à l’intérieur, notamment en ce qui concerne les espaces communs, très réussis, avec une belle circulation intérieure, contrairement à Paris où l’on a souvent du mal à trouver ses amis aux entractes et ou cela bouchonne à la sortie ce qui n’est pas le cas à Hambourg. L’essentiel de ces espaces est recouvert de bois, de couleur assez douce, avec de beaux espaces montant vers la salle et des bars situés à plusieurs niveaux, et avantage indéniable, ces derniers restent ouverts à l’issue du concert. Décidément rien à voir avec Paris où dès que la musique est terminée on vous demande, et pas toujours gentiment, de circuler…

L’Elbphilharmonie, comme la Philharmonie de Paris, comprend 2 salles, la grande contenant 2100 sièges, soit environ 300 de moins qu’à Paris. Comme à Paris il existe aussi une petite salle. La grande salle est organisée « en vignoble », la scène étant située au milieu du public. Son aspect monocolore gris n’est pas sans charme bien que plus austère qu’à Paris. On aperçoit, coulé dans un des murs derrière la scène, les tuyaux et le clavier d’un grand orgue. L’ensemble de la salle est recouverte, à des fins acoustiques, d’un semi gris évoquant des coquillages.

Vue de la scène (concert du Divan Orchestra le 30/4)/ La salle depuis le 2ème balcon

Au total, pour le site, exceptionnel, l’architecture, innovante et aboutie, et les espaces communs, l’Elbphilharmonie l’emporte haut la main. En ce qui concerne la salle et même si le confort de l’auditeur est sans doute plus grand à Hambourg (plus d’espace pour les jambes notamment), on pourra préférer celle de Paris plus chaude notamment de par son mélange de couleurs. En termes sonores, cela sera affaire de préférence, la salle de Paris ayant plus de réverbération que celle de Hambourg, et l’acoustique y est moins flatteuse, mais ainsi qu’à Paris sans saturation ni sécheresse, comme en témoignaient les 2 concerts entendus. En somme, d’un point de vue musical ces 2 magnifiques salles sont de grandes réussites, ce dont il faut naturellement se réjouir car c’est l’essentiel.

Espérons aussi qu’à l’image de l’axe musical Boston/Leipzig qu’invite actuellement le chef letton Andris Nelsons avec les 2 orchestres dont il est le directeur musical (Orchestre Symphonique de Boston, Gewandhaus de Leipzig), les Philharmonies de Paris et de Hambourg, situées à une heure et demie d’avion l’une de l’autre, inventent un nouvel axe Paris/Hambourg. Cette collaboration devrait préférentiellement passer par le chef allemand Thomas Hengelbrock qui cumule les fonctions de directeur de l’Orchestre de la NDR, récemment rebaptisé Orchestre de la NDR et de l’Elbphilharmonie, et de directeur associé de l’Orchestre de Paris. Il n’est pas interdit de rêver avec un nouveau Président de la République qui a étudié le piano, dit aimer Liszt et Schumann et dont le chargé de communication écrit pour Forum Opéra…

Gilles Lesur,  le 10 mai 2017

Ps : vous pouvez lire ici les critiques des 2 concerts entendus sur ConcertoNet.com

http://www.concertonet.com/scripts/review.php?ID_review=12329

http://www.concertonet.com/scripts/review.php?ID_review=12339