Des fusions en vue ?

Le serpent de mer vient de ressortir et ces fuites ont irrité Mme Françoise Nyssen, la Ministre de la Culture, qui a déjà porté plainte. Que s’est-il passé ? Des journalistes ont accédé à des documents de travail internes du Ministère de la Culture. Des documents qui proposent une nouvelle fois de fusionner les 2 orchestres de Radio France, voire Radio-France avec France Télévisions, sans doute sur le modèle de la BBC, et aussi de rapprocher l’Orchestre de Paris de la Philharmonie de Paris ainsi que de vastes réformes à l’Opéra de Paris, notamment des fameux régimes spéciaux de retraite. Nous n’évoquerons ici que les 2 premiers points.

Si la fusion des 2 orchestres de Radio France est une idée ancienne, qui a d’ailleurs déjà donné lieu à plusieurs grèves, elle n’est pas la solution aux difficultés de remplissage chroniques du nouvel auditorium qui vient de fêter ses 3 ans. Et on rappellera qu’à Berlin (une métropole moins peuplée que l’Ile de France) il y a 4 grands orchestres à vocation symphonique (Philharmoniker, DSO et RSO Berlin, Konzerthaus Orchester) auxquels il convient de rajouter 3 orchestres d’opéra (Staatsoper, Deutsche Oper, Komish Oper). Idem à Londres avec le Philharmonia Orchestra, le London Symphony Orchestra, le London Philharmonic Orchestra et l’orchestre de la BBC, celui du Royal Opera House Covent Garden et du National Opera. Les réformes récentes engagées à Radio France (réduction des effectifs des 3 formations permanentes, meilleure circulation des musiciens entre les 2 orchestres,…) n’auraient donc servies à rien ? Cette fusion espérée depuis longtemps par certains qui ne raisonnent qu’en termes financiers aurait un tel coût humain et politique qu’elle semble, au jour d’aujourd’hui au moins, irréalisable.

En revanche, l’autre proposition phare évoquée dans ces fuites, la fusion Orchestre de Paris/Philharmonie de Paris/Cité de la Musique semble beaucoup plus réaliste et défendable, notamment car elle serait sans conséquence sur l’effectif des musiciens. Cette hypothèse du rapprochement avait déjà fait l’objet à l’automne 2016 sur France Musique d’une chronique du journaliste et musicien Antoine Pecqueur, généralement bien informé. Mais à l’époque M Hamard, directeur général de l’Orchestre de Pairs et opposé à cette fusion, était pressenti pour diriger le Châtelet ce qui ne s’est finalement pas fait. Rappelons que le cœur d’activité des 3 administrations de la Cité de la Musique, de la Philharmonie de Paris et de l’Orchestre de Paris est un travail de programmation. Une programmation qu’en tant que spectateur l’on trouve parfois chaotique et redondante. On sait également qu’il existe des difficultés récurrentes de planning qui font que l’Orchestre de Paris ne peut qu’exceptionnellement programmer 3 concerts alors que ses concerts sont très demandés. De plus, la venue régulière des orchestres étrangers empêchent parfois cet ensemble, pourtant résident principal, d’utiliser la grande salle pour la majorité de ses répétitions. Enfin, des exemples anciens comme l’Orchestre Philharmonique de Berlin qui gère la mythique salle berlinoise ou récents, notamment celui de la fusion de l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg et de la Philharmonie de Luxembourg, montrent qu’un tel rapprochement fonctionne le plus souvent. Même si ce type de fusion a nécessairement un coût humain et financier au départ, il permet aussi une gestion plus économe à long terme. Parmi les autres points évoqués dans ce rapport on retiendra aussi le souhait d’augmenter le nombre de représentations plutôt que de multiplier les programmes et de mieux adapter l’offre de spectacles aux attentes du public et de collectivités, cette dernière proposition étant très discutable car potentiellement à risque en termes de variété de programmation.

Emmanuel Macron, le prédisent mélomane, s’il juge pertinent ce qui est présenté aujourd’hui comme des pistes de réflexions qui auraient dû rester confidentielles, devra faire des choix politiques mais aussi humains pour faire aboutir de nécessaires réformes dans ce domaine.

Le 15 novembre 2017, La rédaction