Au revoir M De Cottignies

Didier de Cottignies quittera très prochainement la direction artistique de l’Orchestre de Paris. Nommé en 2009, il a rendu à cette structure déboussolée après la période Eschenbach/Hirsch une partie de son prestige artistique.

Cet homme de bientôt 60 ans était incontestablement devenu l’âme de l’Orchestre de Paris. Il y a fait venir ou revenir une partie du gratin de la direction d’orchestre (Mehta, Gergiev, Chailly, van Zweden, Nelsons, Blomstedt). Connaissant tous les répertoires, curieux de toutes les musiques il dispose dans son carnet d’adresses des plus grands artistes, souvent rencontrés dans ses fonctions antérieures notamment chez Decca et à l’Orchestre National de France où il fut un directeur artistique remarqué. Il a largement utilisé ses relations lors de ses 7 années à l’Orchestre de Paris construisant avec prudence, intelligence et goût de belles saisons.

Il part trop tôt n’ayant pas eu le temps de programmer les œuvres rares qu’il aime tant et d’inviter certains chefs, notammant ceux de la relève qu’il sait repérer avant les autres, on pense en particulier à Yannick Nézet-Séguin que l’Orchestre de Toulouse avait un moment convoité sur ses conseils. Mais il laisse un choeur de l’Orchestre de Paris, à qui il a permis de se reconstruire et de travailler avec de grands chefs d’orchestre (Salonen, Noseda, Chailly, Nétopil, de Billy, van Zweden, Lopez Cobos…) remis en ordre de marche, élargi et consolidé.

Il part, et ce n’est sans doute pas une coïncidence, après l’étonnante annulation des concerts Rachmaninov prévus en mars avec Guennadi Rozhdestvensky, un ami proche. On ne peut s’empêcher de penser que ces annulations ont sans doute été le facteur déclenchant d’une rupture aussi liée à une relation progressivement dégradée avec le directeur général Bruno Hamard qui, lui aussi, a pris ses fonctions en 2009. Le déménagement à la Philharmonie et la différence de conception des 2 hommes sur l’évolution de l’Orchestre de Paris les ont sans doute écartés progressivement l’un de l’autre.

Une nouvelle période d’incertitude commence donc pour l’Orchestre de Paris et pour son chœur, qui même stabilisé, perd ici son meilleur soutien. Au moment où arrive un nouveau directeur musical le timing n’est vraiment pas optimal. Après Paavo Järvi, bientôt partant et aux relations avec Bruno Hamard notoirement mauvaises, on s’étonne de ce nouveau départ qui fragilise une institution qui presque 2 ans après son arrivée à la Philharmonie de Paris cherche toujours un nouveau souffle.

En revanche, il n’y a pas d’inquiétude à avoir concernant la poursuite de la carrière de Didier de Cottignies qui trouvera certainement à l’étranger, loin des structures françaises où des guerres intestines l’emportent trop souvent sur le projet artistique, une fonction à la hauteur de son expérience.

La rédaction