The winner is : Daniel Harding…

Daniel Harding repeteert 'Sechs Stücke für Orchester' van Anton Webern

Il y a déjà eu un Daniel à la tête de l’Orchestre de Paris et pour beaucoup cette période est restée comme l’âge d’or de l’orchestre. La nomination officielle depuis le 11 juin 2015 à la direction de cet orchestre d’un autre Daniel, en l’occurrence le chef britannique Daniel Harding à partir de septembre 2016 pour un premier contrat de 3 ans, annoncerait-elle un nouvel eldorado ?

Agé de bientôt 40 ans, Daniel Harding possède d’incontestables atouts. D’abord, il parle couramment notre langue (notamment avec ses 2 enfants de mère française et qui vivent à Paris), un plus évident par rapport à son prédécesseur Paavo Järvi qui, malgré ses promesses initiales, ne sait toujours pas dire autre chose que les numéros de mesures. Même si ce n’est pas le plus important, cela compte.

Ensuite, Daniel Harding arrive dans un moment charnière pour l’Orchestre de Paris qui vient de déménager avec succès à la Philharmonie et qui fêtera durant la saison 16/17 les 40 ans de son chœur et durant la saison 17/18 les 50 ans de l’orchestre. Au moins si l’on en croit la presse spécialisée, Daniel Harding trouvera un Orchestre de Paris en grande forme artistique…Pour la forme institutionnelle et morale, il fera lui-même rapidement son diagnostic !

Daniel Harding arrivera en compagnie d’un chef associé, Thomas Hengelbrock, à la sensibilité baroque clairement affichée (il a fondé un ensemble avec choeur dédié à ce répertoire le Balthasar-Neumann-Ensemble ), même s’il est actuellement directeur de l’Orchestre de la NDR de Hambourg, un ensemble symphonique traditionnel. Une combinaison surprenante mais innovante de 2 chefs dont on dit qu’ils s’entendent bien et qui ouvre, théoriquement au moins, sur un très large répertoire.

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Daniel Harding connait le métier de directeur musical puisqu’il a déjà été occupé de telles fonctions à la «Kammerphilharmonie Bremen» (1999-2003), au «Mahler Chamber Orchestra» (2003-2008) et à l’orchestre symphonique de la Radio Suédoise, dont il est le chef depuis 2006 et qu’il continuera à diriger conjointement à l’Orchestre de Paris. Il est également premier chef invité au « London Symphony Orchestra » depuis 2007. Par ailleurs, il mène depuis de nombreuses années une très belle carrière de chef invité partout dans le monde et notamment à Berlin, Chicago, Munich, Dresde, Milan et Amsterdam. Daniel Harding possède un très large répertoire, dirige régulièrement l’opéra et a l’expérience des ensembles baroques (Orchestre de Champs Élysées, Orchestre de l’Âge des Lumières). Il est considéré comme un grand interprète de Mahler qu’il dirige partout dans le monde. Il a aussi dans son carnet d’adresses un certain Simon Rattle, bientôt en fonction à Londres, qui l’a très tôt repéré et fait débuter à Birmingham avant qu’il ne rejoigne Claudio Abbado à Berlin. C’est ce même Claudio Abbado qui lui confia au Festival d’Aix 1988 la première de Don Giovanni qui allait définitivement lancer sa carrière.

Malgré ces éléments très positifs, certains points étonnent. Le premier, qui n’est pas le moindre, est le fait que Daniel Harding n’a dirigé l’Orchestre de Paris qu’une fois en juin 2014, s’il l’on exclut un premier contact il y a 20 ans que lui-même considère comme une de ses plus mauvaises expériences musicales… En matière de direction d’orchestre, on sait qu’il faut se méfier des coups de foudre, parfois sans lendemain. L’exemple de Semyon Bychkov dans cette même maison n’est pas si vieux. Enfin, Daniel Harding n’a jamais dirigé le chœur de l’Orchestre de Paris alors qu’à Stockholm il dispose de l’exceptionnel chœur de la Radio Suédoise…On se souvient que la première rencontre de Paavo Järvi avec le chœur de l’Orchestre de Paris fut désastreuse, avec pour conséquence durable une collaboration qui n’a jamais été que minimale. Même s’il est vrai que depuis le chœur de l’orchestre de Paris a beaucoup progressé, il lui reste encore du chemin à faire pour arriver au niveau des meilleurs ensembles amateurs européens. Mais il est vrai qu’un anglais est déjà tombé amoureux du chœur de l’Orchestre de Paris par le passé. Et comme ce fut un coup de foudre durable et réciproque tous les espoirs sont  permis! Et on peut légitimement espérer voir bientôt programmer Britten, qui a disparu des dernières saisons, les symphonies avec chœur de Mahler, et peut-être apparaître au répertoire Elgar, Walton ou Tippett…

On vous souhaite beaucoup de succès à Paris, Monsieur Harding. Bonne chance Daniel et bienvenue à Paris.

Gilles Lesur, le 11 juin 2015